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Juin 2021

Lièvre brun (Lepus europaeus) © Yvan Martin 2021
Lièvre brun (Lepus europaeus) © Yvan Martin 2021

A grandes enjambées le cul à passer par dessus l’avant je le voyais venir vers moi. Un instant de doute, un frémissement de moustache et le voilà qui hésite…

Le temps s’efface, personne ne bouge… Une volte face et bientôt il sera loin !


Mai 2021

Guêpier d'Europe (Merops apiaster). Auvergne. Puy de Dôme © Y Martin 2021
Guêpier d’Europe (Merops apiaster). Auvergne. Puy de Dôme © Y Martin 2021
Mélèzes. Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021
Mélèzes. Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021

Avril 2021

Ensemble…

Dent de Chien (Erythronium dens-canis) . Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2020
Dent de Chien (Erythronium dens-canis) . Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021
Gagée jaune (Gagea lutea). Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021
Gagée jaune (Gagea lutea). Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021
Dent-de-chien (Erythronium dens-canis) .Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021
Dent-de-chien (Erythronium dens-canis). Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021

Mars 2021

Affronter les dixièmes rugissants…

Cincle plongeur (Cinclus cinclus).Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021
Cincle plongeur (Cinclus cinclus). Auvergne. Puy de Dôme© Y Martin 2021

Les Sentinelles…

Corneille noire (corvus corax).Auvergne. Cantal© Y Martin 2020
Corneille noire (corvus corax).Auvergne. Cantal© Y Martin 2020

Février 2021

Cincle plongeur (Cinclus cinclus). Puy de Dôme. Auvergne © Y Martin 2021
Cincle plongeur (Cinclus cinclus). Puy de Dôme. Auvergne © Y Martin 2021

Tant que couleront les rivières…

Samedi 13 février, 6h58, température – 7°C. La météo annonce une belle journée…

Il fait encore nuit lorsque je remonte lentement le cours de la rivière. Dans le ciel, un infime croissant de lune joue à cache-cache avec quelques nuages poussés par un vent septentrional qui accentue un peu plus la morsure du froid. Ce matin, je n’ai pas hésité longtemps pour enfiler les « triplures » ! L’attente risque d’être longue…

Cela fait maintenant quelques semaines que je viens ici. Il me semble qu’à force je connais chaque bloc de pierre qui trône fièrement dans les tumultes de l’eau glacée. Le bruit de la rivière y est entêtant et envahit tout mon champ d’écoute, mais j’aime ces moments où les éléments m’accaparent totalement.

D’un pas lent je me fraie un passage dans la ripisylve. Non loin de moi  je devine celui que je cherche à rejoindre. L’arbre penché qui se partage en deux. C’est vers lui que je vais installer mon affût pour la matinée.

J’ai toujours été attiré par les arbres qui racontent une histoire. Les tordus ont toujours eu ma préférence. De leur allure se dégage quelque chose. De la souffrance, de la force, de la bienveillance et surtout une folle envie de vivre malgré les stigmates du temps.

Dans « notre rituel », à chaque fois que je viens, je pose ma main sur son écorce. En premier je lui demande s’il va bien puis, je m’enquière de savoir si la loutre est venue se lover entre ses racines pendant la nuit ? Malgré une certaine complicité qui me semble s’être nouée au fil du temps entre nous deux il ne me répond jamais, mais je sais qu’elle a fait comme moi, qu’elle est venue cette nuit lui rendre visite car je le sens…

Le dos calé contre son tronc, il ne me reste plus beaucoup de temps pour installer tout mon matériel avant que la nuit ne disparaisse totalement. A quelques centimètres de moi l’eau s’agite dans les premiers scintillements de lumière. S’il faisait moins froid je pourrai y tremper les pieds…

J’ai une profonde admiration pour ces rivières qui dévalent les pentes sans filer droit aux ordres de l’espèce humaine. J’aime celles qui alternent entre fracas et nonchalance, qui paraissent indomptables puis qui s’arrondissent en méandres. Leur beauté n’a d’égale que l’infinie tristesse qui se dégage de celles qui tracent des flèches dans les plaines cultivées où l’homme a vidé la nature d’une grande partie de ce qui fait la vie.

Ici, on vit et bien qu’engourdie par le froid la nature se réveille. Comme par habitude dans de pareilles circonstances je promène mes jumelles de rives en rives de cailloux en blocs de pierre. J’attends celui qui marche au fond de l’eau ! Il est vif et son mimétisme fait de brun et de blanc le dissimule à merveille entre les pierres noires et les remous clairs des courants. A cette période, on l’entend chanter bien avant de ne le voir débouler comme une torpille. Le cincle plongeur est en ce moment même amoureux et il mène la sarabande au plus froid de l’hiver. Pouvoir observer cette danse d’une infinie beauté durant laquelle le couple se fait face sur un radeau de pierre, dans une frénésie explosive est un privilège que seules les rivières encore vivantes sont capables de nous offrir. Sachons les préserver, elles sont la vie ! Je tends l’oreille… Il me semble les entendre… Ce sont eux !  Ils arrivent….


Janvier 2021

Mordu par le blanc glacial

Buse variable (buteo buteo). Auvergne. © Yvan Martin 2021
Buse variable (buteo buteo). Auvergne. © Yvan Martin 2021

Décembre 2020

Errance 3:3

Agrippé à un alisier blanc chétif, je prends à présent conscience qu’il s’en est fallu de peu  pour que le poids de mon sac me fasse chavirer dans la pente. Pourtant, cela faisait quelques minutes que je savais que mes jambes n’avaleraient pas la distance qui me sépare du sommet. Parfois on s’obstine à suivre ce foutu optimisme, mais le poids des années vous ramène souvent à la réalité. Il faut s’y résoudre, ce sera compliqué d’aller beaucoup plus loin aujourd’hui.

A présent, mon unique but de cette fin de matinée est d’essayer de rejoindre ce petit replat qui se trouve un peu plus haut en limite de lisière forestière. Mon sac m’écrase à chaque pas mais je ne suis plus très loin. L’air froid que j’inspire de manière désordonnée me brûle la poitrine, mes tempes sont prêtes à exploser sous la pression sanguine mais il ne reste que quelques mètres et ce sera fini.

A peine arrivé, j’esquisse instinctivement un bref coup d’œil circulaire, la neige de la nuit a recouvert l’ensemble du paysage à cette altitude. Tout autour de moi, la montagne décline son immensité, et je mesure pleinement toute la dureté de ce milieu. L’idée de rester là s’impose. Après tout, pourquoi vouloir aller plus haut, le panorama est beau et je suis seul ! En tout cas je suis loin de mes concitoyens et de ce monde pesant qui m’oppresse de plus en plus.

Au loin, deux chamois dans leurs parures brunes d’hiver entament une course effrénée. Non pas qu’ils m’aient vu ou senti mais décembre voit parfois leurs joutes amoureuses traîner en longueur. La neige gicle de partout dans l’effervescence du moment. Ils gravissent la pente, se jouent des obstacles à toute allure, et franchissent après quelques allers et retours la crête. J’entends, au loin, un couple de faucons pèlerins discourir très probablement sur ma présence, avant qu’ils ne se taisent pour laisser la place au silence…

Dissimulé sous mon filet de camouflage, je scrute méticuleusement, minute après minute, chaque pierre, chaque arbuste qui se trouvent à portée de jumelles. Le temps passe, rien ne bouge…Tous mes sens sont en alerte. Une impression de plénitude m’envahit et j’ai la sensation d’être seul au monde dans ce lieu magique où tout semble figé.  

Soudain, sur le versant qui me fait face, sorti de nul part,  un renard est assis sous un éboulis rocheux. Il observe… Quelques flocons virevoltent avant de se poser délicatement sur son pelage.

Sous lui, la pente abrupte s’enfonce dans un grand couloir blanc immaculé. Il semble hésiter puis entame la traversée. Il boite ! Sa patte postérieure droite a visiblement du mal à le soutenir. Il s’arrête puis repart à de nombreuses reprises. Sa traversée ressemble à l’éternité.

Alors qu’il disparaît  lentement sous le couvert forestier, mes tripes se serrent à l’idée qu’en France, chaque année, 600 000 de ses semblables sont tirés, piégés, massacrés sans aucune raison par un monde cynégétique archaïque incapable d’évoluer.  

A l’heure où le vivant ne cesse de disparaître, la question qui me brûle chaque jour davantage est de savoir combien de temps notre société « dite évoluée » va encore supporter que son patrimoine sauvage soit ainsi détruit et pillé un peu plus chaque jour ?

Perdu dans les songes d’une question sans réponse, je sens un flocon fondre sur mon visage. Je regarde autour de moi. Tout est toujours aussi beau ! Le vent se lève en bourrasques, avec lui celui de la mélancolie me transperce. Ma présence ici m’apparaît alors comme un outrage fait à la nature et à son intégrité. Il est temps pour moi de me retirer, d’effacer toutes traces de mon passage avant de retourner dans le monde des hommes …. Je reviendrai peut-être un jour.

Errance 2:3

Faucon pèlerin (falco peregrinus) © Yvan Martin 2020

Errance 1:3

Chamois (rupicapra rupicapra). © Yvan Martin 2020

Novembre 2020

Mésange charbonnière (parus major). © Yvan Martin 2020

Octobre 2020

Cerf élaphe (Cervus elaphus). Auvergne © Yvan Martin 2020
Cerf élaphe (Cervus elaphus). Auvergne © Yvan Martin 2020

La porte du Royaume

Il est tard, très tard, et je n’arrive toujours pas à trouver le sommeil.

Surplombant les pentes d’une ancienne vallée glacière, la lune illumine de toute sa puissance un immense cirque. Les forêts, aux teintes flamboyantes d’automne, que je contemplais il y a peu, ont finalement laissé place à des formes sombres et angoissantes. Tout autour de moi tonne, çà et là quelques cris roques, mêlés à la brise froide.

À présent j’observe de loin une petite cabane située à l’entrée de la vallée. Sur sa porte, à demi éclairée, apparaît par moment, entre ombre et lumière, le dessin d’une tête de cerf usé par le temps. A force de la fixer, il me semble que l’esquisse prend vie à chaque fois qu’elle apparait dans la clarté… Soudain, des claquements sourds comme des coups de fouets me font sursauter. Ce sont les impacts violents des combattants majestueux qui émanent de la pénombre.

A présent, la forêt s’agite sous les rafales de vent. Des ralles gutturaux succèdent aux silences à chaque coin du cirque. Avec violence j’entends les bois des chevaliers qui s’entrechoquent, le bruit de leurs sabots tout proches dévale la pente. Tête contre tête, ils s’accrochent désespérément au sol desséché pour ne pas reculer. Je les perçois par moment luttant jusqu’au bout de leurs forces avant que, dans un dernier fracas le plus faible fasse volteface pour fuir…

Le vent s’est enfin calmé et le silence ne m’a jamais semblé aussi pesant. Je les sais là, tout proche, mais plus rien ne bouge, comme si tout ce que je venais de vivre était le fruit de mon imagination ou de mes angoisses. Pendant tout ce temps, pour me rassurer, je n’ai presque pas quitté des yeux la porte où l’allégorie sauvage est maintenant doucement chahutée par l’ombre du feuillage d’un vieil arbre. Comme hypnotisé je m’en approche. Que peut-il y avoir derrière, vers quel monde m’entrainera-t-elle si j’arrive à l’ouvrir ? Je suis tout proche, je pose délicatement ma main sur la poignée froide et je pousse avec vigueur…

Quelque chose se pose alors sur mon épaule « Et oh, debout c’est l’heure ». L’ami avec qui je dois partir au brame ce matin me réveille :

 « Tu fais quoi ? On va être à la bourre ! »  

« Hein ? Quoi ? J’arrive » lui dis-je à demi réveillé.

Il me faudra pourtant encore quelques minutes pour me sortir de mon aventure nocturne et de cette idée qui me trotte à présent dans la tête. Que serait-il arrivé si j’avais pu ouvrir cette porte ? Aurais-je été aspiré par le monde sauvage … ? Serais-je devenu cerf parmi les cerfs…?


Septembre 2020

Faucon pèlerin (falco peregrinus). © Yvan Martin 2020

Septembre en attendant

Juste le temps de battre des cils
Un souffle, un éclat bleu,
Un instant, qui dit mieux
L’équilibre est fragile…

Bertrand Cantat- Noir Désir


Août 2020

Le Blaireau européen (Meles meles).© Yvan Martin 2020

Une vie à marcher sous la lune

Calé contre un hêtre, probablement centenaire, je fixe obstinément, depuis plus d’une heure, une gueule noire béante qui s’enfonce dans le sol. Rien ne bouge… Il faut s’y résoudre, rien ne bouge, sauf cette maudite nuée de moustiques qui s’est invitée tout autour de moi depuis mon arrivée ! Les minutes s’écoulent et le doute s’installe, lentement, au rythme des vrombissements et des ombres des arbres qui s’allongent sous le couvert forestier. La lumière se retire doucement pour laisser peu à peu place, comme souvent, au désarroi. Pourtant, aux lueurs des derniers rayons lumineux, arraché aux entrailles de la terre, le voilà qui s’extirpe des ténèbres. Museau pointé vers le ciel, je le vois. Il hume l’air, hésite, recule, puis se hisse lentement sur le rebord de la gueule noire.

 Rejoint bientôt par deux boules plus petites, dont les formes arrondies s’entremêlent les unes aux autres. Rituel immuable et familial, l’adulte, épouille méticuleusement l’un après l’autre ses petits pendant plusieurs minutes avant de s’évanouir comme un fantôme. Eux, ne bougent pas car ils savent que ce n’est pas encore le moment de le suivre. Ils restent là, à jouer sans trop s’éloigner de ce trou noir qu’ils connaissent par cœur et qui les rassure. Commence alors pour eux une nouvelle nuit à marcher et courrir sous la lune dans l’insouciance du jour d’après…

La nuit est là, il va falloir se résoudre à les laisser mais, je sais que demain ce putain d’homme pourra, s’il le décide, venir ici avec toutes ses certitudes archaïques détruire dans une extrême violence toute cette harmonie. Je vais rester encore un peu ; je me recroqueville contre « mon arbre », la fraîcheur se fait sentir. Ce soir, j’ai envie d’hurler…


Juillet 2020

La rosalie des Alpes ou rosalie alpine (Rosalia alpina). Auvergne. @ Yvan Martin 2020
La rosalie des Alpes ou rosalie alpine (Rosalia alpina). Auvergne. @ Yvan Martin 2020

Blaireaux d’Europe (meles meles). © Yvan Martin 2020

Maître Yogi…


Juin 2020

Hibou grand-duc (bubo bubo). Auvergne. Puy de Dôme.© Yvan Martin 2020
Hibou grand-duc (bubo bubo). Auvergne. Puy de Dôme.© Yvan Martin 2020

Je n’ai pas oublié

« Il y a longtemps que je ne suis pas venu ici, mais tu vois je n’ai pas oublié le chemin pour y revenir. Viens, suis-moi, mais il faudra être discret.» 

Avec du recul, moi non plus je n’ai pas oublié ces quelques mots qu’un ami me glissa à l’oreille avant de partir retrouver des falaises basaltiques.  Je me souviens encore qu’il y avait une forme d’inquiétude dans son intonation. Celle de ceux qui ont vécu comme un traumatisme, la destruction presque totale des prédateurs, dans les années 60 et 70 en France.

 « Tu vois, me dit-il à voix basse, ici, il y a bien longtemps, je venais les voir le plus discrètement possible pour ne pas attirer l’attention sur leur présence. J’ai vu des choses formidables à cette époque. Des choses que je ne pensais plus jamais pouvoir observer et puis, ils ont disparu comme s’ils n’avaient jamais existé…  Plus tard j’ai su que le mâle avait été piégé, par ignorance, par bêtise, par méchanceté, mais c’est loin tout ça, c’était une autre époque… ». Cette dernière phrase, teintée d’émotion, s’évapora avec la naissance des premières étoiles, tout comme s’envola l’espérance de les revoir ce soir-là…

Bien des années se sont écoulées et je suis à nouveau au même endroit. Mon ami n’est pas avec moi cette fois-ci. Seul, je contemple les mêmes falaises qui s’assombrissent après un orage de juin.

Es-tu sûr mon ami que les choses ont réellement changé depuis notre dernière visite en ces lieux ? Tu ne l’as pas vu mais j’ai dû encore me cacher pour venir ici.

Es-tu sûr que nous avons vraiment changé d’époque ? Tu ne t’en doutes pas mais tout comme toi à l’époque, je tremble à l’idée qu’ils ne soient pas là.

Pourtant, mon vieil ami, tu ne le verras pas, mais ils sont revenus. Ils sont bien là, frôlant de leurs ailes inexpérimentées le minéral sous l’œil attentif de leur mère. Ce soir, je le sais maintenant,  je vais enfin voir des choses formidables. Des choses que je n’imaginais jamais pouvoir observer et c’est grâce à toi mon ami, et à la confiance que tu m’as donnée en m’amenant ici que je quitterai ces lieux un peu plus apaisé …


Mai 2020

Le Chamois (rupicapre rupicapar). © Yvan Martin 2020

Chamois, frère de sueur, toi qui contemple, immobile, ton territoire.  

Entends-tu le pic noir qui tambourine dans la hêtraie en contrebas ?

Captes-tu les chuintements des jeunes grands-ducs qui ont faim dans la falaise que tu surplombes ?

Ressens-tu l’effervescence qui gronde et qui monte du fond de la vallée ?

As-tu conscience que demain, à nouveau, il faudra fuir ?


Avril 2020

Nivéole de printemps
 (Leucojum vernum)-
© Yvan Martin 2020.

L’homme oublié

On nous dit que plus rien ne sera comme avant !
Comment ne pas le souhaiter pour le monde sauvage.
On nous dit que la nature reprend ses droits.
N’est-ce pas normal quand les fusils, les voitures et l’homme ne sont plus les rois.
Un monde à l’envers vient de se créer.
Celui où l’humanité est retranchée, la vie sauvage en liberté.
Combien de temps ce paradoxe va-t-il durer ?
Nul ne le sait.
Un instant, une éternité ?
Aurons-nous assez de temps pour que naisse enfin l’idée de la respecter ?
En attendant, résiliente, la nature panse ses plaies pendant que l’homme pense déjà à l’après….


Mars 2020

Pinson du Nord (Fringilla montifringilla) © Yvan Martin 2020
Pinson du Nord (Fringilla montifringilla) © Yvan Martin 2020

Le printemps des migrants

Par-delà les montagnes et les murs surmontés de barbelés, ils franchissent les frontières.
Ni patrie, ni drapeau, c’est ainsi que vont les oiseaux.
Poussés par la faim, ils tracent leur chemin.
Poussés par la vie, ils reviendront ici.
Pourtant, face aux miradors, il faudra être fort.
Crois-moi mon ami, la liberté à un prix ….


Février 2020

Vautour fauve (Gyps fulvus)
© Yvan Martin 2020

Vertige de l’amour

Au loin, des falaises érigées en forteresses imprenables apparaissent aux premières lueurs du jour. Face à ces « remparts », tout ici paraît gigantesque, inaccessible, figé !
Pourtant, à bien y regarder, des «grands voiliers» s’arrachent du minéral et se laissent tomber dans le vide pour mieux remonter vers les crêtes rougies par le soleil naissant.
Là-haut, dans un ballet tournoyant, ils frôlent l’infini, s’évitent et se hissent comme aspirés par le bleuté métallique du ciel.
Brisant cette spirale hypnotique, certains virent de bord par deux, afin de se laisser glisser en contre bas, poursuivis par leurs ombres complices sur l’ocre des parois hérissées. Quelques-uns disparaissent de ma vue, comme aspirés par la roche, tandis que d’autres se rapprochent pour rejoindre, dans un dernier orbe, une vire rocheuse blanchie par des années de fidélité.
Désormais, l’un contre l’autre, suspendus au-dessus du vide en ce lieu hors du temps, ce sera pour les « grands voiliers » à la vie, à la mort, à jamais ….


Janvier 2020

Lac Saimaa. Finlande
© Yvan Martin 2020

Saimaa

Le temps défile au fur et à mesure que l’écorce de mon hôte me pénètre le dos. Pourtant je me sens ici comme chez moi ! Ces dernières ramures me protègent alors qu’au « dehors » la neige s’abat langoureusement. Encore une journée à contempler le blanc au risque de perdre tous repères. Encore une journée mais pas n’importe laquelle, celle du solstice d’hiver ! Ici, sur les rives du lac Saimaa, la journée la plus courte de l’année prend tout son sens. Tout au plus cinq heures de luminosité d’un soleil que je n’ai pas vu depuis pluieurs jours. Tout au plus cinq heures pour espérer apercevoir un bout de vie sauvage. Iris plantés dans les jumelles, je cherche et je cherche encore mais en vain !
Ici, et peut être plus qu’ailleurs, l’attente conduit souvent à l’impatience pourtant celle-ci n’est pas conviée lorsque l’on se frotte au sauvage…


Décembre 2019

© Yvan Martin 2019

La promesse de l’invisible…

Assis depuis plusieurs minutes face au vide, je contemple deux plumes égarées et suspendues au bout d’une branche de buisson noir. A chaque souffle de vent elles font mine de se détacher mais rien n’y fait, elles s’accrochent. Probablement qu’elles devaient m’attendre ! Depuis combien de temps ?

Un bref coup d’œil me suffit pour connaitre leur identité, l’auteur qui les a fait virevolter jusqu’ici m’est familier. Nul besoin de le voir pour savoir qu’il est là, quelque part, dans ces falaises. Immobile, mimétique, statue de plumes parmi les rochers, il me scrute probablement et épie le moindre de mes gestes.

Ces plumes sont une promesse qui invite à essayer de dénicher l’invisible. Jumelles en main, la quête tourne à l’obstination, le temps s’effiloche et la nuit enlace irrémédiablement tout ce qui m’entoure.

Devenu presque aveugle et résigné, je bas en retraite au rythme de l’avifaune diurne qui regagne ses abris. Lui, le « roi des nocturnes » jubile certainement de toute cette panique palpable… L’invisible frappera-t-il à nouveau cette nuit ?


Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula). Auvergne- Puy de Dôme © Yvan Martin 2019
Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula). Auvergne- Puy de Dôme © Yvan Martin 2019

Douceur hivernale …


Octobre 2019

Loutre d'Europe (lutra lutra). Cordillère Cnatabrique.® Yvan Martin 2019
Loutre d’Europe (lutra lutra). Cordillère Cnatabrique.® Yvan Martin 2019

Petit matin brumeux à ne pas distinguer l’autre rive. Pourtant elle est là !

Entre ombre et lumière, remous et ondulations, je la devine plus que je ne la vois.
Une onde trahit sa présence, mon œil accroche brièvement sa silhouette allongée puis plus rien …
Soudain, sous un amas de bulles elle apparaît, luisante de lumière, vibrisses immenses et dégoulinantes. Un regard puis aussitôt disparaît !

Instant magique, où l’élément liquide se transforme en sirène.


Septembre 2019

Cordillère Cantabrique. Espagne. © Yvan Martin 2019
Cordillère Cantabrique. Espagne. © Yvan Martin 2019

Quelque part dans la Cordillère Cantabrique

La nuit enlace peu à peu la montagne qui se dresse face à moi. Bientôt les rochers ne seront plus que des souvenirs et les arbres qui dansaient sur les crêtes des chimères intrigantes accrochées aux lueurs de la lune.

Il y a peu, aux dernières lueurs du jour, me faisait face celui que je suis venu chercher ici dans ces montagnes acérées.

Souvent rêvé, peu de fois observé, comment pourrais-je oublier ta vision mainte fois espérée ?


Août 2019

Lac noir. Auvergne. Puy de Dôme. © Yvan Martin 2019
Lac noir. Auvergne. Puy de Dôme. © Yvan Martin 2019

Le silence des oiseaux

Assis au bord d’un lac aux reflets noirs bleutés, j’écoute le silence.

Je m’obstine mais rien n’y fait, pas le moindre bruit. Tout au plus je perçois les battements de mon cœur et quelques clapotis qui viennent s’échouer à mes pieds.

Ce n’est pas la première fois que je ressens cela, je l’ai déjà vécu. Comme chaque mois d’août, mes sens se saturent de l’espace qui se vide méticuleusement du chant des oiseaux, de la nature qui se tait peu à peu, de la lumière qui devient tous les jours un peu plus mélancolique.

En même temps que je retiens ma respiration pour m’emplir de ce silence, je me demande si d’autres personnes perçoivent (discernent) cette drôle de sensation ?

Celle où la saison bascule en douceur vers d’autres ouvrages…


Juillet 2019

Vautour fauve (Gyps fulvus). Drome. Rémuzat. © Yvan Martin 2019
Vautour fauve (Gyps fulvus). Drome. Rémuzat. © Yvan Martin 2019

Juillet le 14

Seul sur mon rocher, j’observe… Face à moi un vautour en fait de même. Lui attend certainement le bon moment pour se jeter dans le vide. Moi ?
Du fond de la vallée monte en échos les cuivres d’une fanfare. Avec des étendards sont portés fièrement par les nostalgies du passé. En voyant tout ce simulacre, je m’interroge sur la maturité de notre civilisation et la capacité de l’homme à passer à autre chose ? Mon ami rupestre quant à lui n’en a cure. Il prépare méticuleusement son plumage qu’une onde de chaleur, montant à l’assaut des cimes, chahute.
Bientôt les ascendants seront assez fort pour le porter loin de tout ce vacarme. Bientôt, le vide et il n’y aura plus que le vent et lui….
Quant à moi ?


Juin 2019

Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus). Auvergne. Allier. © Yvan Martin 2019
Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus). Auvergne. Allier. © Yvan Martin 2019

Harassé par la chaleur, je suffoquais sur les bords de la rivière Allier, quand tout à coup, ce que je croyais être un galet se mit à bouger…


Mai 2019

Renard roux (vulpes vulpes). Auvergne. puy de Dôme. © Yvan Martin 2019
Renard roux (vulpes vulpes). Auvergne. puy de Dôme. © Yvan Martin 2019

J’ai vu de la peur dans le regard de l’animal que j’ai croisé ce matin !
Sa fuite en dit long sur la relation que l’homme entretient avec la nature.
Comment avons nous pu en arriver là ?

Guêpier d'Europe (Merops apiaster). Auvergne Puy de Dôme. © Yvan Martin 2019.
Guêpier d’Europe (Merops apiaster). Auvergne Puy de Dôme. © Yvan Martin 2019.

L’Allier s’écoule à mes pieds. Sur la rive opposée, deux corneilles complices se disputent les restes d’un poisson. L’enjeu de la discorde est un bout d’arête dorsale.
Pour moi le festin est mince et la journée sera longue. Surtout si l’Afrique a retenu ceux que j’attends…


Avril 2019

La Dent-de-chien (Erythronium dens-canis). Auvergne. Puy de Dôme. © Yvan Martin 2017

Quitter son statut vertical pour se mettre à la hauteur du vivant…


Mars 2019

Pic noir (Dryocopus martius). Auvergne. Puy de Dôme. © Yvan Martin 2019

Peu importe où je suis. Perdu dans mes songes, j’attends … Entre réel et irréel, les arbres gémissent et me parlent. En fait, qui suis-je pour croire que la forêt m’entraînera dans ses tréfonds ?


Février 2019

Macaque de Barbarie (Macaca sylvanus). Gibraltar. © Yvan Martin 2019

Mon frère à quoi penses-tu quand tu regardes Homo-sapiens dans les yeux ?


Grand-duc d’Europe (bubo bubo). Auvergne. Puy de Dôme. © Yvan Martin 2019.

Aurais-je de la chance ce soir ?

Sera-t-il fidèle au rendez-vous de janvier ?

Rien n’est moins sûr ! La luminosité s’estompe au fur et à mesure que les minutes s’égrainent et toujours aucun signe de sa présence… Le temps est comme suspendu, un souffle d’air me glace…

« Hou-Ho » Enfin, il est bien là, fidèle à l’appel de janvier ! Il n’y plus qu’à souhaiter qu’il vienne se poser près de mon lieu d’affût…